Edition Française / الطبعة العربية

1959 – Grâce à la visite de Che Guevara à Gaza la Palestine devient une cause mondiale

│Palestina Libération│Par le docteur Salman Abu Sitta.- A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort du Che, il nous a semblé intéressant de publier la traduction en français d’un article sur sa visite de soutien à Gaza écrit par le docteur Salman Abu Sitta le 20 juillet 2015.

Che a visité Gaza le 18 juin 1959. Alors qu’il se rendait dans les camps de réfugiés palestiniens, les réfugiés l’ont accueilli avec des chants soutenant la révolution cubaine.
La visite de Che Guevara à Gaza en 1959 a été le premier signe de transformation de la colonisation sioniste en Palestine d’un conflit régional en une lutte mondiale contre le colonialisme. Le déclencheur a été la conférence de Bandung en 1955 et le Mouvement des pays non aligné qui en a résulté, dont les membres avaient peu auparavant secoué le joug de la domination étrangère. Le prestige de Nasser, en tant que leader mondial de la lutte contre l’impérialisme et le colonialisme, a amené les leaders mondiaux à prendre conscience des résultats dévastateurs du nettoyage ethnique de la Palestine, clairement démontré par les camps de réfugiés de Gaza.
La bande de Gaza est devenue le symbole de la Palestine. Ce petit morceau de terre (1,3% de la Palestine) était resté le seul endroit ou s’élevait encore le drapeau de la Palestine. Il a porté une majeure partie du fardeau de la « Nakba » (l’exode forcé) quand il est devenu un abri temporaire pour les habitants de 247 villages du sud de la Palestine expulsés de leurs foyers. Les villages au sud ont été nettoyés ethniquement par l’opération militaire israélienne « Yoav », également appelée « Les dix plaies », en octobre 1948. Il ne restait plus un seul village palestinien après cela. Cet acte de nettoyage ethnique total a été favorisé par plusieurs massacres qui ont eu lieu à Al Dawayima, Bayt Daras, Isdud, Burayr, entre autres. Les réfugiés, maintenant confinés dans la bande de Gaza, n’étaient pas à l’abri des attaques israéliennes, même après leur expulsion. L’hôpital de Majdal a été bombardé en novembre 1948, tout comme le village voisin d’Al Joura, qui se trouvait sur le site de l’ancien Ashkelon et dont de nombreux futurs dirigeants du Hamas émergeront. En janvier 1949, les Israéliens ont bombardé des centres de distribution de nourriture à Dayr Al Balah et Khan Younis aux heures de pointe, des raids aériens qui ont causé la mort de plus de 200 personnes. Ces raids ont été décrits par la Croix-Rouge, pourtant habituellement modérée dans ses propos, comme une « scène d’horreur ».
L’occupation des terres palestiniennes et l’expulsion de leur population ont donné lieu à un mouvement de résistance, connu sous le nom de fedayin.
Ces combattants de la résistance traversaient la ligne de l’Armistice pour attaquer ceux qui occupaient leurs terres.
Afin d’arrêter les incursions des fedayins et d’éliminer l’idée de résistance, Israël attaquait continuellement les camps de réfugiés de la bande de Gaza. En août 1953, l’unité 101, dirigée par Ariel Sharon, a attaqué le camp de réfugiés de Bureij et a massacré 43 personnes dans leurs lits. En août 1955, les forces israéliennes, dirigées à nouveau par Ariel Sharon, ont fait exploser le poste de police de Khan Younis, tuant 74 policiers. La même année, les Israéliens ont tué 37 soldats égyptiens dans la gare ferroviaire de Gaza et 28 autres personnes qui se préparaient à les défendre. La dernière attaque a changé le cours de l’histoire dans la région.
Le président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui a pris le pouvoir en Egypte en juillet 1952, a signé le premier accord d’armement avec le bloc soviétique pour des achats armes qui lui avaient été refusés par les Britanniques. Il a également autorisé la résistance fedayin en l’organisant officiellement avec le colonel Mustafa Hafez. Le 29 octobre 1956, Israël a envahi le Sinaï en collusion avec la Grande-Bretagne et la France. Les soldats israéliens sont entrés à Khan Younis le 3 novembre 1956 et ont rassemblé tous les mâles âgés de 15 à 50 ans devant leur domicile pour les abattre de sang froid devant leur porte ou contre un mur de la place principale de la ville. Les noms des 520 personnes tuées ont été répertoriés. La semaine suivante, un autre massacre de réfugiés a eu lieu à Rafah. Pendant longtemps l’Occident a gardé un silence assourdissant sur ces massacres jusqu’à ce que le talentueux dessinateur Joe Sacco les immortalise dans son livre « Footnotes in Gaza ».
Le livre "Footnotes in Gaza" de Joe Sacco
Le livre « Footnotes in Gaza » de Joe Sacco
Ces événements tragiques ont attiré l’attention du monde lorsque Nasser est devenu l’un des leaders reconnus du Mouvement des pays non alignés suite à la conférence de Bandung en 1955. Les événements de la bande de Gaza et de la Palestine sont parvenus à l’échelle mondiale comme le dernier cas de colonialisme et de nettoyage ethnique.
À la suite de ce développement politique, Che Guevara, le révolutionnaire latino-américain, est venu visiter la bande de Gaza à l’invitation de Nasser. La visite de Guevara a été capitale. C’était la première fois qu’un célèbre révolutionnaire venait constater par lui-même la dévastation créée par la « Nakba » (l’exode forcé). Il a été accueilli avec enthousiasme par les leaders de la résistance, tels que Abdullah Abu Sitta, chef des fedayins (et chef du front sud lors de la révolte arabe de 1936) et Qassem el Farra, secrétaire de la municipalité de Khan Younis qui tenait les registres des fedayins et de leurs activités. Tous deux étaient membres du Conseil législatif de la Palestine.
Selon les témoignages que j’ai reçus des contemporains au sujet de la visite, Guevara a déclaré aux réfugiés palestiniens qu’ils devaient continuer à lutter pour libérer leurs terres. « Il n’y a aucun autre moyen que la résistance à l’occupation », a-t-il dit. Il a admis que leur cas était « complexe » parce que les nouveaux colons juifs occupaient leurs maisons. « Le droit doit finalement être rétabli », a-t-il affirmé. Il a offert de fournir des armes et de l’entraînement, mais Castro voulait que cette aide soit coordonnée par Nasser.
Mustafa Abu Middain, chef du camp d’Al Bureij, a emmené Guevara visiter le camp et lui a fait constater la pauvreté et les difficultés des réfugiés. « Nous avons les pires cas de pauvreté », Guevara a répliqué: « Vous devriez me montrer ce que vous avez fait pour libérer votre pays. Où sont les camps d’entraînement? Où sont les usines de fabrication d’armes? Où sont les centres de mobilisation du peuple? »
Guevara était accompagné par le général Caprera, expert en guérilla. Caprera a rencontré des leaders communautaires pour leur donner des conseils sur les méthodes de résistance. Guevara est devenu l’icône de la résistance palestinienne et de la lutte pour la liberté
Nasser a montré beaucoup d’intérêts pour la visite de Guevara. Il l’a rencontré dans son bureau, l’a conduit à des réunions publiques et officielles, l’a présenté aux leaders communautaires et lui a décerné des médailles. Ca a été le début de relations très proches de l’Amérique latine révolutionnaire avec Nasser et les Palestiniens, relations qui continuent aujourd’hui. 
Après la visite, Cuba a offert des bourses aux étudiants palestiniens, a accordé sa citoyenneté à des réfugiés palestiniens et a organisé de nombreuses conférences en faveur de la Palestine.
Au cours de la guerre israélienne contre Gaza lors de l’été 2014, Cuba a envoyé des tonnes d’aide humanitaire à Gaza et a reçu les blessés. Le soutien s’est répandu dans la plupart des pays d’Amérique latine. Le Salvador, le Chili, l’Équateur, le Pérou et le Brésil ont tous retiré leurs ambassadeurs d’Israël en signe de protestation. Le président de Bolivie, Evo Morales, a qualifié Israël « d’État terroriste » et a restreint l’autorisation d’entrée des Israéliens dans son pays. Le président Nicolás Maduro du Venezuela « a condamné vigoureusement les actions de l’état illégal d’Israël contre l’héroïque peuple palestinien ». La campagne de solidarité du Nicaragua avec la Palestine a été très intense officiellement et parmi le peuple. Les présidents de l’Uruguay, du Brésil, de l’Argentine et du Venezuela ont publié une déclaration conjointe appelant à la cessation de la violence et à la fin du blocus israélien de la bande de Gaza.
Dans les années 1950, Guevara n’était pas la seule personnalité connue du Mouvement des pays non alignés à soutenir les droits des Palestiniens et une Palestine libre. Jawaharlal Nehru, Premier ministre de l’Inde, est également venu visiter Gaza lors de la même période. Cela a été le début d’un soutien de l’Inde et d’autres pays asiatiques pour la Palestine.
Aujourd’hui, la Palestine est le symbole de la lutte de la libération du dernier et plus long projet colonial. C’est pourquoi plus des trois quarts des pays du monde appuient la Palestine aux Nations Unies.
Ceux qui ne le font pas les anciens pays occidentaux colonialistes qui sont à l’origine du projet colonial en Palestine.
Par le docteur Salman Abu Sitta
Publié le 21 juillet 2015 dans Palestine chronicle
Le docteur Salman Abu Sitta est né dans une famille de notables de Beersheba en 1937. Alors qu’il avait dix ans, sa famille a fait partie de la première vague de réfugiés qui a fui à Gaza, pendant que les forces israéliennes lançaient leur campagne de nettoyage ethnique de la Palestine. Il a été alors envoyé au prestigieux lycée Al-Saidiya, au Caire, où il a obtenu le premier rang de toute l’Égypte. Il a poursuivi ses études à la Faculté d’Ingénierie de l’Université du Caire, suivies d’un doctorat de génie civil à l’Université de Londres. C’est à Londres qu’il a commencé à amasser des cartes et des documents relatifs à chaque pouce de terrain de Palestine, ceci afin de réfuter catégoriquement la plupart des revendications d’Israël sur la Palestine.

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